Les enfants de la Colonie dessinaient beaucoup. Parmi eux, Max Tetelbaum et Otto Wertheimer étaient certainement les plus doués et ont laissé quantité de dessins qui racontent à eux seuls la présence des enfants dans la maison. C’est pour leur rendre hommage que la Maison d’Izieu a créé le festival de bande dessinée et roman graphique Max et Otto, dont la 1ère édition a eu lieu les 18 et 19 avril derniers. Une mise en lumière du travail de ceux qui transmettent l’histoire de la Seconde Guerre mondiale et de la Shoah via le 9ème art. Ballad’Ain s’est mêlé aux artistes et visiteurs à travers les table-rondes, conférences et séances de dédicaces concoctées par les organisateurs. Un week-end puissant, « bullisant et créativement stimulant » comme l’avait imaginé l’équipe de la Maison d’Izieu !

Jordan Mechner

Peut-on rejouer sa vie ? Celui qui pose cette question n’est autre que Jordan Mechner, bédéaste et scénariste américain, mondialement connu pour avoir créé les mythiques jeux vidéo Prince of Persia et Karateka à la fin des années 80. Dessinateur passionné, il raconte dans son album Replay la mémoire de sa famille, à travers les itinéraires de 3 générations, de la Première Guerre mondiale à nos jours. Né à New-York, installé à Montpellier depuis 10 ans, Jordan Mechner a fait le trajet inverse de sa famille chassée d’Autriche puis de France, traquée par la barbarie nazie. Pour Max et Otto il a, lors d’une conférence passionnante, retracé son parcours professionnel et la place de l’histoire familiale dans son chemin de vie. Un moment mémorable…

Anthony et Alexandre, tous deux passionnés de jeux vidéo depuis l’enfance, n’en reviennent pas d’avoir pu rencontrer Jordan Mechner. Installés au 1er rang, ils hochent la tête chaque fois que l’artiste fait référence à ses créations et à l’univers du gaming. « C’est une figure du jeu vidéo, il a véritablement révolutionné l’animation à l’époque grâce à la rotoscopie*. On est passé d’images assez figées, pixel par pixel, à des mouvements plus fluides, comme au cinéma ». Tous deux ne connaissaient pas son parcours, ses liens avec la France et l’histoire de sa famille. « C’était important de le rencontrer, on a découvert sa passion pour la BD, vu sa manière de travailler, très minutieuse. Et il s’est montré tellement accessible ! ».
Anthony et Alexandre sont membres de l’Association Dolomoise de Jeux Vidéo, qui a pour but de faire découvrir ou redécouvrir le rétrogaming à travers des événements et animations ludiques.
*technique d’animation qui consiste à tracer ou détourner image par image des éléments filmés pour créer des séquences animées ou modifier des images réelles.

Michel Kichka

La récente entrée en guerre d’Israël a eu raison de sa venue à Izieu, néanmoins Michel Kichka, scénariste et illustrateur israélien, tenait à participer au festival. En dépit d’une panne d’électricité dans son quartier, c’est depuis 1 parc de Jérusalem qu’il a animé sa visioconférence sur la différence entre le dessin de presse et la BD. Deux formes d’art complémentaires qui sont une passion devenue mission.

De plus en plus d’auteurs de romans acceptent (voire proposent) que leurs textes soient adaptés en bande dessinée. C’est pour comprendre comment se construit la collaboration entre romancier, scénariste, dessinateur, coloriste… que  les organisateurs ont proposé une table ronde « Du roman à la bande dessinée : réinventer une oeuvre » réunissant les protagonistes des ouvrages Vous n’aurez pas les enfants (Olivier Balez, illustrateur et auteur français, et Valérie Portheret, historienne et autrice française) et Enfant de salaud (Sébastien Gnaëdig, éditeur et illustrateur français et Isabelle Merlet, coloriste française).

Galerie

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Un peu à l’écart, dans la galerie Zlatin (partie la plus récente du bâtiment, construite en 2015), les vitrines patrimoniales dédiées aux expositions temporaires accueillent des planches originales de quelques-unes des BD présentées au festival. Ici, les illustrations réalisées à l’encre par Gilles Rapaport (Les enfants d’Izieu, Ed. Deux) lors de la représentation du 18 mai 2024 à Izieu. L’artiste a fait don de certains dessins à l’issue du spectacle.

Fabienne Bouchage

Au fond, les organisateurs avaient imaginé un espace créatif « A vos crayons ! » où les festivaliers  étaient invités à laisser une trace de leur passage dans l’esprit du 9ème art.

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