Le public venu nombreux.

À l’occasion des commémorations du 8 Mai, l’association La Chapelle Saint-Claude, à Cheignieu-la-Balme, a présenté un film consacré aux années d’occupation vécues dans la commune durant la Seconde Guerre mondiale. Réalisé par Chloé Colin et Éléonore Kressmann, ce documentaire donne la parole à quatre habitants qui étaient enfants pendant la guerre : Jeanne Bailly, Renée Fabregoule, Jean-Marie Jacot et René Plottin. 

Pour prolonger cette démarche de transmission, une brochure a également été éditée, afin de conserver une trace écrite de cette initiative saluée pour sa valeur historique et humaine.

Ces quatre témoignages sont conséquents, aussi nous avons choisi dans un premier temps de résumer celui de René Plottin, grande figure locale, restaurateur à Pugieu.

Il a huit ans en 1939 et nous n’évoquerons ici que quelques-uns de ses souvenirs tant son témoignage est détaillé. 

Son grand-père et son père étaient laitiers.

Le lait collecté était collecté et distribué d’Armix jusqu’à Pugieu (lui-même sera laitier jusqu’à la trentaine).

Sa mère fut institutrice à Cheignieu deux ou trois ans et bénéficiait d’un appartement de fonction où elle logeait avec ses trois enfants. Le 23 juin 1940 la commune est occupée par 80 militaires allemands. Il avoue n’avoir jamais eu vraiment peur des soldats de la Wehrmacht si ce n‘est le jour où il a été mis en joue avec son père au tunnel de Virieu…

Son enfance se passe entre Cheignieu et Pugieu où sa famille tient déjà le restaurant (qu’il gère encore aujourd’hui en 2026).

Les Allemands y mangent et pour ne pas être considérés comme « collabos », les Plottin demandent à ce que l’autre restaurant tenu par les Favre reçoivent aussi les troupes ennemies. Ainsi une semaine sur deux est réservée aux repas des Allemands.

Ne citons qu’un de ces souvenirs qu’il évoque avec émotion. Son témoignage diffère parfois d’autres récits, la seule différence ; c’est qu’il était là du haut de ces douze ans…

Lors des affrontements autour du tunnel de Virieu-le-Grand, les maquis débarquent au restaurant à la recherche d’Allemands. Comme c’était la semaine où ceux-ci était dans l’autre établissement, les maquis vont jusqu’à cette auberge. La patronne sans doute apeurée s’embrouille dans ses explications essayant d’éviter le pire et nie la présence de deux soldats allemands.

Mais, l’un d’eux surgit et tire sur un maquisard, le blessant à la jambe. S’ensuit une fusillade intense entre les deux parties, et là, malheureusement, la patronne du lieu tente une sortie pour se réfugier dans sa grange voisine.

Elle est atteinte d’un coup de bazooka tiré selon René par le maquis. Elle meurt après quelques pas en direction de la route.

C’est là que les avis divergent : qui a tiré ?

Et les deux Allemands ?

Faits prisonniers pour René Plottin, tués pour les autres…

Ils auraient été incarcérés plus tard avec d’autres détenus dans les bâtiments qui font office aujourd’hui d’élevage de truites direction Chazey-Bons !

Voilà, les témoins disparaissent peu à peu et la vérité sur les faits réels avec eux.

René Plottin, nous a raconté un tas d’anecdotes, parfois un peu grivoises sur ce temps passé, difficile, où le jour a finalement vaincu la nuit redoutable et c’est là l’essentiel.

Michel Bigoni

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