
Photo du pont d »Andert à la sortie de Belley, direction Contrevoz.
Daniel Pouthier, metteur en scène, acteur, durant de longues années au sein de sa compagnie »La Chrysalide » a animé à travers un théâtre participatif la région belleysanne. Doublé également d’un talent de chercheur, il a relancé, il y a quelques années entre autres, l’affaire des sorcières de Rossillon à travers un spectacle majuscule qui a fortement marqué les esprits.
Aujourd’hui, ce pourfendeur incisif de l’injustice a proposé, à Cheignieu-la-Balme, puis à Parves une lecture théâtralisée de ce qu’il considère comme un complot judiciaire de l’affaire Peytel à Belley.
Rappelons les faits
Sébastien Peytel, notaire lettré et esprit indépendant, satirique (auteur d’un pamphlet contre le roi intitulé « Physiologie d’une poire »), chroniqueur du Romantisme à Paris, s’installe à Belley et apparaît vite comme un homme en rupture avec les codes de la bonne société locale. Il prête par exemple de l’argent à 5 % d’intérêt, alors qu’à Belley les prêteurs s’octroient 15 %… Et puis, pour l’anecdote, les ornements dans son appartement choquent le bon goût des Belleysans : un pied de momie, une ceinture de chasteté posés sur les commodes… Il est donc pour tout cela regardé avec méfiance.
Dans la nuit du 1er au 2 novembre 1838, il rentre de Mâcon, sa ville natale, en calèche, avec sa jeune épouse Félicité enceinte de six mois, et leur domestique Louis Rey. Près du pont d’Andert, dans la nuit l’impensable se produit : Félicité est tuée par arme à feu et Louis Rey meurt des suites de coups portés à la tête.
Peytel est le seul survivant. Il déclare que le domestique sans raison apparente a tiré sur sa femme avant d’être tué par lui en état de légitime défense.
Les autorités mettent rapidement en doute cette version. Peytel est arrêté, inculpé pour double assassinat, jugé par la cour d’assises de l’Ain, puis condamné à mort. Malgré les protestations de plusieurs intellectuels, dont Honoré de Balzac qui viendra enquêter plusieurs jours sur place, il est guillotiné en octobre 1839 à Bourg-en-Bresse.
La dimension sociale de cette exécution
Daniel Pouthier évoque plus une mise à mort planifiée de Peytel qu’une erreur judiciaire. Le jugement et l’exécution de la peine furent précipités, les preuves à décharge non retenues et puis les preuves de culpabilité : inexistantes.
Daniel pense que l’affaire Peytel illustre comment une société peut fabriquer un coupable pour se rassurer, et comment la justice, loin d’être neutre, reflète les peurs, les valeurs et les préjugés de son temps.
Il n’est pas possible de présenter ici tous les aspects liés à cette affaire comme les bruits souvent diffamatoires circulant au sujet de la femme du notaire, Félicité. Espérons qu’une publication de cette lecture théâtralisée de Daniel Pouthier voit le jour rapidement pour que nous puissions suivre en détails le cheminement de sa démonstration.
Michel Bigoni
