Connaissez-vous l’odonymie ?

C’est l’étude des noms que l’on donne aux rues, boulevards, impasses et autres squares. Un levier symbolique mais qui reflète une réalité que l’on ne voudrait plus voir : 15% seulement des rues parisiennes portent un nom féminin, contre 13,3% à peine pour le reste de la France ! 

Depuis quelques années, le 8 mars, l’office de tourisme de Chambéry organise une visite guidée de la ville mettant en lumière les femmes qui ont laissé leur marque dans son Histoire, sans pour autant avoir un lieu public à leur nom… Une trentaine d’entre elles sont à découvrir. 

Extraits.

« Derrière chaque grand homme se cache une femme ». Tout près de la Fontaine des Eléphants, la rue Claude Martin rend hommage à ce Savoyard né en 1826 qui a fait fortune en Argentine. A son retour en France il devient grand bienfaiteur de la ville de Chambéry, il donne beaucoup aux hôpitaux. Il meurt en 1906. Son épouse Françoise Clavier, une Chambérienne bien plus jeune que lui, poursuit une vie entièrement tournée vers les autres. Infirmière au sein de l’hôpital militaire durant la 1ère guerre mondiale, elle paye toute la lingerie de l’hôpital et finance l’Université Populaire, le Sou des Ecoles et le club TCAM (Touristes Chambériens Amis de la Montagne). A sa mort elle fait don de tout ce qu’elle possède, dont son château de St Alban-en-Leysse, à la Croix Rouge. Elle fut décorée de la Légion d’honneur mais son nom n’apparaît nulle part dans l’espace public.

A quelques encablures, le Quai Charles Ravet, autre bienfaiteur de la ville. La famille a fait fortune dans le travail de la soie. Sa femme fait construire la 1ère crèche de Chambéry, qui ouvre en 1914 et fonctionne jusqu’au bombardement de 1944. Elle donnera le bâtiment à la ville (ex Police Municipale).

Au sein du quartier bombardé, se trouve le Restaurant de la Colonne, tenu par M. Carron qui bâtit ensuite l’Hôtel des Princes. Veuf avec 2 filles, il quitte Chambéry après la 1ère guerre mondiale pour Paris. Ses filles y ouvrent un magasin de mode. L’une d’elle, Andrée Carron, épouse en 1929 l’Aga Khan et devient princesse. Elle gardera à vie des liens avec Chambéry, où elle revient chaque année et où elle est enterrée dans le tombeau familial. Leur fils, haut fonctionnaire à l’ONU, dispose d’une fortune immense. Une légende dit qu’il recevrait chaque année son poids en or…

L’Hôtel de Tavernet a accueilli, dès 1830, Katharina von Predl, une Bavaroise qui s’est formée aux beaux-arts à Turin en 1816. Elle y rencontre un Savoyard, M. Grassis, qu’elle épouse et avec qui elle aura un enfant. Contrainte de travailler quand son mari tombe malade, elle décide de vivre de sa peinture. Elle fera notamment les portraits des grande familles de la royauté mais peindra aussi pour l’Eglise. Son parcours a cela d’exceptionnel que les écoles de peinture ne sont pas ouvertes aux femmes à cette époque. Celle d’Annecy ouvre en 1822, mais il faudra attendre la fin du 19ème siècle pour Chambéry ! Ses œuvres sont en partie exposées à Megève et au sein de la Cathédrale de Chambéry.

La ville de Chambéry n’a connu qu’une seule femme Maire, en 2014.

Mais une femme a joué un rôle exceptionnel des années plus tôt : Amandine d’Avignon. Cette suffragette, cheffe d’entreprise dans le domaine du bâtiment, a longtemps milité pour le droit des femmes. Elle est l’une des 2 premières femmes élues au sein de l’équipe municipale en 1944, alors que les femmes n’obtiennent le droit de vote qu’en avril1945 ! Elle ne reste que 3 ans à son poste car, de son propre aveu, elle a « trop à faire ».

Un square porte son nom Faubourg Montmélian, son quartier d’origine…

Les progrès sur la féminisation des noms de rues avancent lentement. Il existe même, depuis 2021, un répertoire de noms dans lequel puiser, une liste mixte, diverse, élaborée par l’historien Pascal Blanchard. Mais au rythme où vont les choses, il faudra attendre près de 600 ans pour qu’il y ait autant de noms de femmes que d’hommes dans l’espace public !

Fabienne Bouchage

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