L’Arêne entre dans Virieu-le-Grand.

C’est au creux du silence, sur les hauteurs de Thézillieu, que la petite rivière de l’Arène commence son histoire. Sans grand fracas, elle naît d’une source discrète parmi les herbes et les arbres du plateau, avant d’entamer sa descente vers le monde des hommes.

Pendant une dizaine de kilomètres, elle se faufile à travers la montagne.

Son voyage est fait d’ombre et de fraîcheur : elle se glisse entre les roches, murmure au fond des combes boisées et s’offre parfois le plaisir d’un saut plus vif, comme à la Cascade du Niaz où son eau se fait écume et s’éclaire un instant avant de reprendre son chemin. Elle ne cherche pas à impressionner, elle trace simplement sa voie, fidèle au relief qui la guide.

Puis, elle se jette dans un saut, certes peu vertigineux, mais d’une rare élégance : la cascade de Clairefontaine. C’est le joyau de l’Arène.

Cette chute d’eau, nichée dans une gorge boisée, a inspiré le célèbre écrivain Honoré d’Urfé, auteur de L’Astrée. Il l’évoque dans son poème Le Sireine.

La cascade est réputée pour conserver un débit même durant les périodes sèches et devient féerique en hiver avec le givre et les stalactites.

Lorsqu’elle arrive enfin à Virieu-le-Grand, l’Arène s’adoucit pour devenir une compagne familière. Elle passe sous les petits ponts de pierre, longe les jardins secrets et les vieux murs qui ont vu passer les générations.

Autrefois, elle prêtait humblement sa force aux moulins et aux tanneries du village, mêlant son chant quotidien au travail des artisans.

Au Moyen Âge, ses eaux servaient aux activités artisanales, notamment aux tanneries qui firent la réputation de Virieu.

Plus tard, la rivière alimenta différentes installations industrielles.

On sait notamment qu’une conduite forcée utilisant son eau faisait fonctionner jusqu’en 1905 une usine à perles d’acier appartenant à la famille Montfalcon.

Aujourd’hui encore, sa présence discrète apporte une fraîcheur bienvenue aux ruelles, où flânent les promeneurs inspirés.

D’ailleurs, l’étymologie même de « Virieu » pourrait venir du latin via rivus, « le chemin près du ruisseau », ce qui montre à quel point l’Arène est liée à l’identité du lieu.

Puis, sa tâche accomplie, elle s’en va sans bruit vers la plaine pour rejoindre le Furans qui lui aussi a besoin d’elle…

Michel Bigoni

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