La saisine de la justice sur l’accord avec le Mercosur* a porté un coup d’arrêt au traité, une décision accueillie par des cris de joie d’agriculteurs à Strasbourg. Si elle n’empêche pas son application provisoire, elle suspend son examen au Parlement européen pour environ 18 mois.
C’est peu de dire que le Mercosur divise.
En réduisant et supprimant les droits de douance qui pèsent aujourd’hui sur les exportations européennes en direction des quatre états que sont l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay, cet accord de libre-échange facilitera l’accès pour l’UE à un marché de 270 millions de consommateurs avec de nouvelles opportunités pour les entreprises européennes à la clé.
Au rang des bénéfices attendus, ce deal ouvrira de nouveaux horizons aux secteurs du lait, des vins, mais également pour l’accès à des matières 1ères critiques comme le nickel, le cuivre ou le titane.
C’est ainsi qu’il nous est présenté.
Mais ses détracteurs sont nombreux, notamment dans le monde agricole largement malmené ces dernières années par des crises en cascade. Leurs syndicats font front commun contre le Mercosur, un sujet jugé « brûlant ».
Comment évaluer la menace sur les éleveurs, notamment, qui voient dans cet accord l’épreuve ultime après la dermatose nodulaire bovine, la réforme de la PAC et la faiblesse des revenus de beaucoup d’entre eux ? Ne les expose-t-on pas à une « concurrence déloyale » certaine ?
Nous avons donné la parole à l’un de nos agriculteurs, installé à Peyrieu, dont nous publions ici quelques extraits :

© Ferme des Flam’en vert
« La majeure partie de nos agriculteurs estime injuste d’exporter une production française de qualité, produite avec des cahiers des charges rigoureux et des conditions sociales et environnementales exigeantes, contre des aliments produits avec des pesticides que nous n’autorisons pas dans l’Union, avec une main d’œuvre bien moins rémunérée et tout un panel de conditions moins rigoureuses (…). De plus, on peut légitimement s’interroger sur la cohérence d’un système commercial qui viserait à importer, sur des milliers de kilomètres, des produits que nous avons la capacité de produire sur place.
Enfin, ce système pourrait contribuer à accélérer encore l’effondrement des petites fermes qui n’ont pas vocation à exporter et qui œuvrent pourtant à nourrir nos concitoyens au plus près avec des produits de qualité. »
Sur ces sujets, la France demande un renforcement des contrôles aux douanes et dans les pays producteurs, ainsi que la mise en place de mesures miroirs. « Ceux qui ne pourront pas s’aligner sur les prix vont disparaître » prédit un économiste du collectif Stop Mercosur.
La compétitivité prix un déterminant majeur de l’offre et de la demande ? Une évolution qui met en difficulté les opérateurs français et devrait s’aggraver, avec ou sans accord UE-Mercosur. En revanche, elle oblige nos politiques à tracer, enfin, une perspective pour les agriculteurs français et à travailler sur l’organisation des différentes filières. Un sujet dont nous devons tous, collectivement, nous emparer.
« En attendant (…), consommer des produits locaux est une bonne manière de résister » conclut Jonathan de ‘‘Ferme des Flam’en vert’’.
* Mercado comon del sur = marché commun du Sud
« …à nous de décider quelle agriculture nous voulons pour demain. ».
