Quelle ne fut pas ma surprise, lorsque je découvris, il y a deux mois de cela que le personnage central d’un petit livre que je parcourrai était un homme que j’avais bien connu, avec qui j’avais joué aux boules (à la lyonnaise) ! Un Algérien que nous croisions souvent comme s’il était de « chez nous » depuis toujours.
Une simple valise contenant tout ce qui restait de la vie de Monsieur Mekki récupérée par Charlotte Dementhon constitue le point de départ de cette enquête infiniment émouvante : quelle fut l’histoire de cet homme ?
Une histoire qui déborde largement le cadre individuel pour s’inscrire dans une dimension sociale, historique et tout simplement humaine.
C’est fou : comment cet homme si discret, si humble, au sourire tout aussi réservé, finalement par une suite de synchronicités incroyables se voit resurgir de l’oubli grâce à une écrivaine et autres artistes ?
Un puzzle émouvant, pathétique, dispersé dans le contenu d’une valise a été reconstitué par Charlotte avec l’aide de partenaires, de témoins de l’époque pour aboutir au tableau final de ce que fut Monsieur Mekki…
Parmi les cartes postales, les papiers officiels, les certificats et cartes d’électeurs, et même quelques feuilles de lauriers et des graines, figuraient 5 K7 de musiques et chansons qu’il écoutait comme »Mehdi de Mugar », groupe celto-berbère. Charlotte dresse à la fin du livre la liste détaillée du contenu de la valise. Pour conclure cette première approche, disons que ce livre présente une approche multi-dimensionnelle d’une histoire certes individuelle mais ancrée dans un contexte historique crucial.
Et notre valise à nous ?
Les livres et œuvres artistiques renvoient toujours à nos propres vies, c’est en cela que réside leur pouvoir. Et nous, que laisserons-nous dans notre ultime valise ? Quelles archives, quelles cartes postales, quelles photos, quelles clés USB contenant nos goûts musicaux ou autres ?
Penser à cela, c’est être pris de vertige :
« Que restera-t-il de nous, quel regard le futur qui ne nous a pas connus posera sur nous ? ». Faudra-t-il encore que notre valise arrive, comme une bouteille à la mer, entre les mains d’une Charlotte, d’une Nedjma, d’une Chloé …
Monsieur Mekki, arrivé à Belley en 1957, décédé le 5 août 2010 à l’hôpital de cette même ville, repose en terre algérienne à Oued-el-Kheir.
Un livre inépuisable de savoirs et d’émotions au carrefour de l’histoire ou simplement à la rencontre de notre propre vie sous forme de puzzle que l’on rassemble, que l’on questionne.
Michel Bigoni
